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Pourquoi le Mali focalise l’attention aujourd’hui

Avec un contexte sécuritaire précaire, le Mali focalise à nouveau l’attention de la communauté internationale. En cette fin janvier 2018, comme si les acteurs internationaux, impliqués dans le processus de paix au Mali venaient de se réveiller, « la mise en œuvre de l’Accord pour la paix », signé à la mi-2015, entre le gouvernement malien et certains groupes armés au Nord du pays, devient la nouvelle rhétorique du processus de paix malien.
Le ton est donné, d’abord, par le Conseil de Sécurité des Nations unies qui intime aux autorités maliennes « d’appliquer enfin l’Accord ». Le communiqué diffusé à cet effet indique que les Nations unies sont prêtes « à réagir avec les actions appropriées si les parties devaient ne pas respecter leurs engagements » d’ici à la fin mars. Perçu comme un ultimatum à l’endroit du gouvernement malien, il faut rappeler que cette sortie fait suite à une rencontre controversée, début janvier, entre une délégation de la rébellion armée au Nord du pays et le Conseil de sécurité.
« la mise en œuvre de l’Accord pour la paix », signé à la mi-2015, entre le gouvernement malien et certains groupes armés au Nord du pays, devient la nouvelle rhétorique du processus de paix malien.

Cette rencontre a irrité les autorités maliennes et l’opinion publique crie au complot contre leur pays. Le président malien réagissant sur cette rencontre disait « Au moment où nos parents des groupes armés font l’effort de se retrouver face au Gouvernement et quelques fois avec le gouvernement, on invite la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad, Ndlr) à Washington, non pas par le gouvernement américain, mais une ONG dont nous savons le rôle qu’elle a joué dans certains évènements africains. Est-ce comme cela que l’on conforte la paix ? Non. Il faut que les comportements parallèles cessent, désobligeants cessent également ».

« Ces interférences proviennent de parties et de pays qui ont des agendas autres que la paix et la sécurité de la région »

Le 22 janvier, c’est au tour du ministre algérien des Affaires étrangères de pointer du doigt des interférences dans le processus de paix au Mali. Ce n’est pas d’ailleurs la première fois que l’Algérie accuse d’interférence. En 2014 déjà, Madjid Bouguerra, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, a accusé des parties et des pays qui « tentent de saper » les efforts de l’Algérie en faveur de la paix et la sécurité au Mali. Il a affirmé sur une radio algérienne qu’il existe « des interférences qui tentent de saper et perturber les efforts de l’Algérie, en faveur de la paix et la sécurité au Mali ». « Ces interférences proviennent de parties et de pays qui ont des agendas autres que la paix et la sécurité de la région ».
Enfin, la presse française a repris suivant plusieurs canaux et thématiques le communiqué du Conseil de Sécurité pour dresser un tableau sombre, d’un point de vue sécuritaire et de gouvernance, l’évolution du dossier Mali. Expliquant les retards dans la mise en œuvre de l’accord par la mauvaise gouvernance du pays.

Il n’est pas exclu que la France promeut cette Force conjointe dans le but de se désengager et de revoir son dispositif en réduisant ses effectifs dans le Sahel tout en y gardant une maitrise d’un point de vue géostratégique.

Accueillie en sauveur en janvier 2013, la France est actuellement fortement décriée par l’opinion publique malienne. Celle-ci reproche à ce pays, salvateur autrefois, une volonté de déstabiliser le Mali pour faciliter sa partition en faveur de la rébellion armée avec qui elle a collaboré militairement dans le cadre de l’opération Serval. Aujourd’hui, en dépit des actions de la force Barkhane qui couvre cinq (5) pays du Sahel, avec un effectif d’environ 4 000 hommes, la sécurité reste précaire. Ainsi, la France est en campagne auprès des autres pays du monde en faveur d’un soutien à la force conjointe du G5 Sahel qui doit monter en puissance pour faire face au terrorisme et à la criminalité organisée au Sahel, notamment. Il n’est pas exclu que la France promeut cette Force conjointe dans le but de se désengager et de revoir son dispositif en réduisant ses effectifs dans le Sahel tout en y gardant une maitrise d’un point de vue géostratégique.

le nationalisme et le sentiment de complot ne doivent pas occulter les inquiétudes liées aux enjeux de l’année 2018 pour le pays.

En bout de ligne, au-delà des menaces et des perceptions de complot de part et d’autre, il faut comprendre que le froissement d’acteurs internationaux dans la gestion de la crise malienne a ses conséquences. Chaque acteur dispose d’un agenda et d’intérêts avouables ou inavouables. Il appartenait aux Maliens en particulier les décideurs d’inscrire tous les acteurs dans l’agenda du Mali. Toutefois, le nationalisme et le sentiment de complot ne doivent pas occulter les inquiétudes liées aux enjeux de l’année 2018 pour le pays. Une année électorale (organisation des élections locales et régionale ainsi qu’une présidentielle et des législatives) dans un contexte de guerre en sursis et de montée en puissance du terrorisme. Trente mois après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, le Mali demeure un pays fragile qui pourrait basculer dans une nouvelle crise aux conséquences désastreuses pour toute la région sahélienne. Il est donc important de prendre en considération les récentes évolutions du contexte malien en plus de la rhétorique « mettre en œuvre l’accord » et faire face aux défis.
La rédaction.

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