Economie

L’or brille à Kidal mais pour qui ?

À Kidal, dans le nord du Mali, les sites d’orpaillage se sont proliférés de façon exponentielle, depuis plusieurs mois. Au moins huit sont aujourd’hui comptabilisés dans toute la région où quelques combattants des groupes armés, des habitants d’autres régions du pays et même d’autres nationalités “tentent leur chance”.

La première mine artisanale a été découverte et creusée à Igouzar, localité située à moins de 40 km  de la ville de Kidal. Au départ, il n’y avait que des locaux qui se ruaient vers cette ce site, considéré comme “une mine à ciel ouvert”et avec des moyens modestes qui ne permettraient pas de creuser assez en profondeur. Mais très vite, la nouvelle se répand  dans les autres localités de la région, puis dans le reste du pays où des habitants se verraient obligés de se rendre pour acheter des matériels “plus sophistiqués “.

“Les gens utilisent des compresseurs, des groupes électrogènes ou même des détecteurs d’or”, témoigne un habitant qui a été sur ce site, précisant que le travail est assez “délicat “.  La méthode est classique: faire promener le détecteur d’or, une fois que ça sonne dans un endroit précis, les mineurs commencent à creuser, “souvent à plus de quatre mètres de profondeur”.  La moindre pierre extraite, témoigne une source sur place, est passée minutieusement au détecteur d’or. Les grosses pierres, elles, sont transportées dans des véhicules vers d’autres localités à la frontière algérienne où des machines “assez sophistiquées “ procèdent au tri et à l’extraction du produit jaune. Les lingots, selon nos informations, sont écoulées un peu partout. A Bamako comme à  Alger.

Aujourd’hui, au moins huit sites d’orpaillage existent dans toute la région. C’est le cas à Egharghar, Indarsane, Indiryanane, trois localités situées à une trentaine de kilomètres de Tessalit. Au nord de Kidal  également, la présence d’autres sites sont signalés, notamment à Talahandak, 250 km de Kidal, à la frontière algérienne où, selon des sources locales, diverses nationalités descendent au fond de ces sites artisanaux à la recherche d’une pierre jaune “qui pourrait changer leur vie.”

Fin février, certains combattants des groupes armés ont même rejoint certains de ces sites, indique un responsable de la Coordination  des mouvements de l’Azawad (CMA), principale coalition armée signataire de l’accord pour la paix, présente dans la région. La même source ajoute qu’il s’agit d’une véritable  alternative à l’enrôlement des jeunes de cette partie du pays dans les groupes extrémistes. “Il y a un véritable business qui s’est mis en place. Quelques jeunes détiennent de petits restaurants, certains revendent du carburant”, explique un élu local, basé à Bamako.

Mais actuellement, aucun encadrement n’est mis en place par les groupes armés et d’autres acteurs qui se trouvent sur place pour prévenir d’éventuels affrontements. Pour le moment, aucune violence n’a été rapportée sur ces sites, mais le risque d’échauffourées est réel, en fonction des quantités extraites.  Des quantités qui pourraient s’avérer à la hausse, car selon la carte des terres que revendique la rébellion touareg faite par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Kidal regorge la plus grande réserve aurifère du pays avec quelques 160 tonnes d’or. Des informations que ne confirme pas le gouvernement malien, qui estime qu’aucune recherche n’a été effectuée dans la zone. Même si, déjà en 2006, Lassana Guindo, ancien chef de division à la direction nationale de la géologie et des mines (DNGM) et actuellement conseiller technique au ministère des Mines, affirmait que l’existence d’un gisement de quatre tonnes d’or a été prouvée à In-Darsat. Ce site précis était déjà sous permis de recherche.

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