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Mali: les défis prioritaires qui attendent le nouveau président!

Investi depuis le 4 septembre 2018, le président de la République du Mali, réélu pour cinq nouvelles années, doit s’investir urgemment et impérativement pour faire face aux nombreux défis dont certains qui perdurent depuis 2013! 

Les 29 juillet et 12 août 2018, les Maliens se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président. Le contexte dans lequel cette élection a été organisée, marqué par des incertitudes, des inquiétudes et des risques de crise post-électorale, rappelle que de nombreux défis restent à relever. Les nouvelles autorités doivent s’investir urgemment et impérativement afin que, d’ici les cinq prochaines années, l’État retrouve le plein exercice de sa souveraineté sur toute l’étendue du territoire.

Ce 4 septembre 2018, le candidat Ibrahim Boubacar Keïta est officiellement investi président du Mali. Au-delà des difficultés surmontées par le gouvernement et les Maliens pour la bonne tenue de son élection, considérée comme une victoire pour le pays et ses partenaires, des défis de plusieurs ordres attendent le nouveau président pour sortir définitivement le Mali de la crise. La mise en œuvre intégrale de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale doit rester au centre des préoccupations des nouvelles autorités maliennes et de leurs partenaires. Une attention soutenue doit être prêtée au volet pourparlers inclusifs post-électoraux de l’accord ainsi qu’à la réforme des secteurs de la défense et de la sécurité, à l’organisation des élections législatives et à la relance économique.Six grands chantiers prioritaires doivent être appréhendés.

  1. Restaurer l’autorité de l’État et son utilité sur l’ensemble du territoire

La crise institutionnelle que le Mali a connue en 2012 est le résultat d’un processus de délitement de l’État plus profond qu’il n’y paraît. Au fil des années, le pays a été confronté à une crise d’autorité civile et militaire. Depuis l’avènement de la troisième République à la suite de la révolution du 26 mars 1991, le Mali n’a pas réussi à atteindre un niveau de développement harmonieux sur l’ensemble du territoire.

Avec une superficie de 1 241 238 km², le pays, qui partage des frontières avec sept États, dispose d’un territoire très vaste dont les deux tiers sont occupés par le désert. Le manque de ressources et l’inégale répartition des services sociaux de base et des infrastructures constituent des facteurs de vulnérabilité. Cette faiblesse fait du Mali un espace de prédilection pour les organisations criminelles qui s’adonnent aux trafics d’armes, de stupéfiants, de cigarettes et de migrants. Ces groupes profitent de l’absence de l’État ou de sa faible représentation pour recruter des combattants, en leur proposant de l’argent ou en les menaçant. Au même titre que les trafics, les rançons issues des prises d’otages sont une source de financement pour ces groupes.

En matière de décentralisation, la gouvernance locale et administrative se heurte à l’insuffisance des ressources et des compétences transférées, qui réduit la capacité des collectivités territoriales à planifier et gouverner le développement local. Le processus de régionalisation progresse peu en raison de l’insécurité et du report des élections prévues à cet effet. Les autorités régionales intérimaires ont été établies dans des conditions souvent décriées par certaines populations. Tout cela constitue des sources de frustrations et de tensions qui peuvent dégénérer en conflits armés ou en situations insurrectionnelles.

En 2013, l’élection du président de la République à l’issue d’un scrutin au taux de participation historique (le plus élevé de l’histoire de la troisième République) a suscité un grand intérêt mais aussi de fortes attentes de la part des Maliens.

Le président élu était attendu sur de nombreux chantiers, notamment celui de la restauration de l’autorité d’un État fragilisé. Au-delà de l’autorité de l’État, la rébellion armée de 2012 soulevait la problématique pertinente de l’utilité de cet État pour les régions du pays, du Nord au Sud.

Les frustrations et griefs nés de ces attentes déçues sont instrumentalisés par les groupes terroristes et les réseaux criminels pour lesquels l’absence de l’État ou son incapacité à répondre efficacement aux besoins constituent un terreau favorable. En 2012, la fuite des agents de l’État face à la montée de l’insécurité a créé chez les populations un sentiment d’abandon. Aujourd’hui, malgré le redéploiement de certains représentants de l’État, notamment des militaires, censés améliorer la situation sécuritaire, l’accès limité aux services sociaux de base renforce la perception d’un État incapable de répondre aux attentes des populations. Cette situation renvoie plus largement à la question de la décentralisation, censée impulser le développement mais restée inachevée.

Si la décentralisation a été présentée comme une solution au sous-développement, elle n’a pas pu répondre aux nombreuses attentes des communautés. Après la rébellion de 2012, qui a remis à l’ordre du jour l’épineuse question du sous-développement, il a été décidé de donner un nouveau souffle au processus de décentralisation en cours depuis 1991. Les conclusions des états généraux sur la décentralisation d’octobre 2013 prévoyaient ainsi d’accroître les pouvoirs des régions et de leur conférer une plus grande autonomie dans la gestion des collectivités (cercles et communes) : il s’agit de la régionalisation.

Parallèlement, le Mali et ses partenaires ont entamé une campagne de redéploiement de l’administration et des forces de défense et de sécurité dans les localités où elles sont absentes depuis 2012. Cette tentative de restauration de l’autorité de l’État devrait être accompagnée d’un développement harmonieux afin de garantir l’utilité de l’État aux yeux des communautés, au Nord comme au Sud.

Ce grand défi de la reconstruction de l’État qui attend le nouveau président devrait être pensé en tenant compte des aspirations des populations, condition d’un règlement durable de la crise et d’une diminution du risque de révolte future et d’instrumentalisation des frustrations. Les institutions étatiques ne sauraient être reconnues et en sécurité tant qu’une partie de la population se sent marginalisée et estime que son salut ne réside que dans les armes et la rupture avec le pouvoir central. Les autorités maliennes auront donc tout intérêt à répondre aux besoins des populations du Nord, du centre et du Sud. Ainsi, la reconstruction de l’État malien s’impose dans le cadre plus large de la consolidation de la paix après les récurrents conflits armés que le pays connaît depuis 1963.

  1. Sécuriser et pacifier le pays

La sanctuarisation du Nord du Mali a commencé dès la fin des années 1990. A partir de 2003, des combattants du groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ont commencé à s’installer dans le septentrion malien. L’objectif était de faire de cette vaste étendue désertique, difficilement contrôlable par un État pauvre comme le Mali, une base arrière dans le Sahel. Leur présence, qui s’est intensifiée après la chute de l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi, s’est soldée par l’occupation de toutes les régions du Nord du Mali en 2012.

En dépit de l’intervention militaire franco-africaine de la mi-janvier 2013, qui a permis de reconquérir les régions de Tombouctou, Gao et Kidal, la menace liée au terrorisme persiste. Longtemps confinée dans le Nord, la menace, devenue diffuse, se propage vers le Sud en passant par le centre, avec un impact sur la sécurité des pays voisins.

Les attaques terroristes des deux dernières années, notamment à Ouagadougou, au Burkina Faso, ou contre le quartier général de la Force conjointe du G5 Sahel à Mopti, au Mali, illustrent bien la situation. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, estimait, dans son rapport du 26 décembre 2017 sur la situation au Mali, que « les groupes terroristes … semblent avoir amélioré leur capacité opérationnelle et élargi leur zone d’opérations… ». Même affaiblis, les groupes terroristes actifs dans le pays conservent une capacité de nuisance, comme l’atteste le nombre élevé d’attaques et de victimes depuis 2013.

En mars 2017, les principaux groupes terroristes se sont fédérés sous le drapeau noir de la « Jamâ’ah Nusrah al-Islâm wal-Muslimîn » (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ou GSIM). Cette nouvelle coalition, dirigée par Iyad Ag Ghali, chef d’Ansar Dine et figure emblématique de la rébellion des années 1990 au Mali, semble répondre à des objectifs stratégiques et opérationnels précis. L’allégeance à Al-Qaïda et à son chef Ayman Al-Zawahiri permet un rapprochement stratégique face à l’influence de l’État islamique (EI) en Afrique de l’Ouest. Sur le plan opérationnel, il s’agit de formaliser la mutualisation des moyens, déjà en cours sur le terrain, notamment pour mener des attaques sur le territoire malien.

En plus des groupes terroristes, il existe de nombreux autres acteurs armés dont ceux appartenant à la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) ou à la Plateforme des groupes armés, tous deux ayant signé l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale en mai-juin 2015 avec le gouvernement malien. D’autres groupes non signataires, notamment les groupes locaux ou milices armées d’autodéfense, apparaissent régulièrement au Nord et au Centre du pays. Trois ans après la mise en route laborieuse du processus de paix, cette constellation d’acteurs armés non étatiques contribue à l’aggravation de l’insécurité.

En outre, l’avenir des combattants de ces groupes, qu’ils soient indépendantistes, d’autodéfense ou terroristes, doit être pris en compte dans la pacification du pays. En 2016, l’Institut d’études de sécurité a interrogé des dizaines d’anciens membres de groupes djihadistes maliens pour comprendre leurs motivations à « s’engager ». L’étude a fait ressortir 15 grandes catégories : motivations personnelles, économiques, politiques, religieuses, familiales, d’éducation, de protection sociale, d’éthique, d’influence, ainsi que des motifs inavoués. L’idée que les jeunes rejoignent des groupes armés parce qu’ils adhèrent à des idéologies religieuses radicales constitue donc un diagnostic erroné qui pourrait nourrir des réponses inadéquates.

Aujourd’hui, en plus du septentrion, le centre du pays est en proie à une montée de la violence armée. Cette propagation de l’insécurité complique les opérations de stabilisation, entrainant des conséquences durables sur la gouvernance et l’accès aux services sociaux.

Au centre du Mali, certaines catégories socioprofessionnelles ont toujours entretenu des rapports conflictuels, sur fond d’exploitation des ressources naturelles (les mares, etc.) et d’accès au foncier rural. Ces conflits historiques liés aux interactions et aux choix des élites politiques locales prennent aujourd’hui une dimension inter- ou intra-communautaire. Par ailleurs, certains membres des communautés majoritaires dans cette région sont devenus les principaux acteurs de la violence armée.

Selon International Crisis Group, « une partie des élites locales et des autorités sont aujourd’hui tentées de répondre à l’insécurité en soutenant le développement de groupes d’autodéfense à base communautaire. Ces milices ne peuvent constituer une réponse efficace au problème réel d’insécurité locale et encore moins remédier au discrédit dont souffre l’État. Dans l’état actuel de tensions inter et intracommunautaires, elles favorisent des épisodes de violence de plus en plus inquiétants tels que les incidents entre groupes armés bambara et peul en mai 2016, dont le bilan pourrait dépasser 40 morts. »

Le nouveau président devra faire face à l’urgence de la pacification du pays, processus  indispensable à la réussite des actions de stabilisation et de développement.

  1. Consolider le processus de paix et promouvoir la réconciliation nationale

L’occupation du Nord du Mali et le conflit armé ont considérablement fragilisé la cohésion sociale entre les différents groupes sociopolitiques et ethniques, aliénant davantage les plus vulnérables. Certaines populations ont quitté leurs localités du Nord, cherchant refuge à Bamako et dans les pays voisins. Au centre et au Nord du pays, les griefs (anciens et nouveaux) évoluent de plus en plus vers des clivages ethniques, sociaux et politiques, laissant des centaines de jeunes hommes et femmes vulnérables à l’exploitation et à la pression de groupes politiques ou extrémistes.

Après la rébellion de janvier 2012, le dialogue engagé depuis le 8 juin 2013 avec les groupes armés a abouti dans un premier temps à la signature d’un accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix. Cet accord avait pour objectif de permettre le retour de l’armée malienne dans la ville de Kidal en vue du scrutin présidentiel prévu le 28 juillet 2013, et d’élargir le dialogue au-delà des groupes armés touareg afin d’obtenir un accord inclusif permettant de résoudre durablement la crise.

En 2015, un accord a été signé à l’issue des pourparlers inter-maliens d’Alger, conformément à la feuille de route établie depuis la phase initiale qui s’est tenue en juillet 2014. Six groupes ont participé aux cinq cycles de négociation depuis juillet 2014 : le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), le Mouvement arabe de l’Azawad-dissident (MAA-dissident), la Coordination pour le peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance (CM-FPR).

Cet accord dit « pour la paix et la réconciliation au Mali » devait donner une nouvelle dynamique à la résolution de cette crise. Il prévoit notamment la création d’Assemblées régionales élues au suffrage universel direct et dotées de pouvoirs importants dans un délai de 18 mois, assortie d’une promesse de « plus grande représentation des populations du Nord au sein des institutions nationales ». L’intégration des combattants dans l’armée malienne, y compris à des postes de commandement, est également prévue. L’accord réaffirme le respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’État malien ainsi que de sa forme républicaine et son caractère laïc.

De plus, la réconciliation nationale apparaît, selon les Nations unies, comme « un élément structurant de la stratégie de sortie de crise et de création des conditions de paix et de prospérité durable, sans lesquelles aucun développement n’est possible ». Le 27 mars 2017 s’est tenue à Bamako une Conférence d’entente nationale. En avril 2018, une loi dite d’entente nationale a été soumise à l’Assemblée

Au Mali, les rapports entre les communautés sont historiques, bien que souvent conflictuels. Bien avant l’indépendance, les violences sociales et intercommunautaires existaient déjà. Les arabes commerçants et les Sonrhaï dénonçaient les razzias des Touareg. Des affrontements entre populations nomades et sédentaires, ainsi qu’entre communautés nomades, sont récurrents tandis que chaque communauté se dit maîtresse du terroir.

Les tensions intercommunautaires et les considérations politiques, sociales et économiques sous-jacentes fragilisent le processus de paix. La crise a donc amplifié les conflits inter-ethniques provoqués par le mode de gestion des terres et l’accès aux ressources naturelles, telles que l’eau et les pâturages.

Les liens de collaboration, alliances et dynamiques qui s’établissent et se renforcent entre groupes armés et populations locales portent les germes d’une menace particulièrement dangereuse. Ces mouvements, jouant sur la « psychologie des situations » et les émotions politiques, ont su tisser des liens solides avec les ethnies locales pour développer des activités économiques et des trafics illicites en tous genres afin de se maintenir et de consolider leur base-arrière.

Avec une telle diversité sociologique, il est important pour le nouveau président et les partenaires internationaux de prendre en compte les revendications légitimes de toutes les communautés.

Par ailleurs, tous les groupes armés au Nord du Mali ne sont pas touareg. Dans la mémoire de nombreux Maliens, les rebellions précédentes se sont soldées par des accords perçus comme étant laxistes avec les groupes armés.

Les problématiques du sous-développement, de la gouvernance, de la cohésion sociale et de la sécurité concernent toutes les communautés maliennes, au Nord comme au Sud. Ces questions, dont dépendra la résolution durable de la crise, devront être au centre des débats dans le dialogue et les négociations futures, quelle que soit la formule adoptée.

Enfin, répondre aux problèmes de développement avec une forme de « discrimination positive » en faveur des régions du Nord peut être problématique. Sans occulter les retards en matière de développement et les besoins humanitaires importants des populations du Nord, l’utilité de l’État doit être conçue selon une approche nationale tenant compte des spécificités de chaque région. Tout en répondant aux besoins des populations vulnérables, il importe d’éviter de créer de nouvelles catégories d’exclus dans d’autres zones périphériques, à l’image des régions de Kayes et de Sikasso, qui présentent des indices de développement humain identiques ou inférieurs à ceux des régions du Nord.

L’équilibre entre nécessité de réconciliation et obligation de rendre justice reste à trouver. La tendance à recourir à des compromis et des amnisties en faveur de trafiquants de drogue présumés liés aux groupes armés est perçue comme le signe inquiétant d’un manque de volonté de lutter contre l’impunité.

  1. Réformer les secteurs de la défense et de la sécurité

La crise sécuritaire de 2012 a révélé de nombreux dysfonctionnements au sein de l’architecture de défense et de sécurité au Mali. « Sous-équipé », « mal formé » et « mal dirigé », les reproches envers l’appareil de sécurité malien sont nombreux. Pour les observateurs, la débâcle de l’armée malienne en mars 2012 face à des groupes lourdement armés qui ont occupé les deux tiers du pays pendant plus de neuf mois, et plus récemment celle de mai 2014 dans la ville de Kidal, sont le résultat d’un processus de délitement plus profond qu’il n’y paraît. En l’absence d’une doctrine militaire, la réforme de l’armée malienne reste une question centrale.

En 2012, les forces de défense et de sécurité du Mali comptaient environ 25 000 hommes, dont 15 000 mobilisables dans des combats classiques. C’est un peu moins de la moitié de cet effectif, soit 7 000 hommes, qui avaient été mobilisés dans le conflit au Nord. Selon Laurent Touchard, auteur de plusieurs ouvrages sur le terrorisme et l’histoire militaire notamment en Afrique, « de manière générale, la Banque mondiale estime qu’un pays qui a été touché par un conflit a besoin de 10 à 40 ans – et le plus souvent de 20 ans – avant que ne se mette en place une gouvernance de niveau moyen. Et encore ce niveau n’est-il considéré que comme transitoire… le Mali est donc loin d’avoir atteint cette maturité ».

La tâche au niveau des forces de défense est immense et le nouveau président malien devrait y faire face avec dextérité et tact. En plus de l’élaboration d’une doctrine, les forces de défense maliennes sont confrontées à des défis matériels et structurels.

D’un point de vue matériel, depuis 2012, le manque de moyens financiers et d’équipements est très souvent mis en avant pour expliquer les humiliations que l’armée a subies au cours des dernières années. Pourtant, cette explication ne suffit pas. Les forces de défense et de sécurité, à l’instar des autres secteurs publics, souffrent de corruption et d’une cohésion fragile.

En 2015, une Loi d’orientation et de programmation militaire (LOPM) a été votée. Celle-ci prévoit une modernisation des forces et des effectifs portés à environ 20 000 hommes grâce au recrutement de 10 000 volontaires jusqu’en 2019. Elle mentionne également la création de forces spéciales ainsi que le développement des écoles militaires. Elle fixe enfin un objectif opérationnel : « En 2019, le Mali doit disposer d’une chaîne de commandement idoine, avec des FAMas en mesure de faire face à un conflit sur le territoire national, tandis que le pays devra aussi être en mesure de déployer un bataillon de 850 hommes formés aux OMP ».

Quant aux problèmes structurels, l’armée malienne souffre de certains maux dont le déséquilibre entre les soldats du rang et les officiers, la corruption mais également l’inadaptation de la formation aux menaces actuelles, notamment le terrorisme.

A cela s’ajoute le problème des milices d’autodéfense qui existaient avant la crise, à l’instar des « forces arabes » de Tombouctou. Pour beaucoup de leurs détracteurs (dont les remarques s’avèrent judicieuses), ces unités aux contours flous, à l’existence semi-légale, se composent souvent de rançonneurs et de trafiquants. De fait, lorsque l’armée évacue Tombouctou, ils ne servent pas à grand-chose, si ce n’est qu’une partie d’entre eux va grossir les rangs du MNLA et des groupes terroristes. Leur nombre est estimé à 3 000 hommes.

En matière de sécurité, l’accord de paix prévoit des mesures clés, dont le cantonnement des combattants en vue de leur intégration dans des patrouilles mixtes ou leur participation au programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). Toutefois, leur application est retardée en raison de désaccords entre les parties prenantes. Tandis que les accusations réciproques de mauvaise foi n’en finissent pas, l’insécurité grandit, créant un terreau favorable et prospère pour le marché de la protection privée.

De plus, il est essentiel de veiller à ce que les processus de cantonnement et de DDR s’inscrivent dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et respectent l’obligation de rendre des comptes, afin de prendre en considération les récriminations et les violations des droits de l’homme.

Selon le chercheur Luca Raineri, au regard « de la perméabilité par le passé des forces de sécurité maliennes aux activités criminelles, il est crucial d’élaborer des programmes sur mesure afin d’empêcher toute infiltration par des groupes criminels et de mettre fin à l’impunité. En outre, les stratégies actuelles de DDR et de RSS se sont montrées incapables de s’attaquer au problème de l’opacité du processus de recrutement des forces de sécurité. Des expériences récentes de processus de RSS menées en Guinée-Bissau et au Guatemala ont échoué justement par faute d’une compréhension suffisante de la part des agences internationales des relations qui existent entre les forces de sécurité et le crime organisé. Si ces problèmes continuent d’être ignorés, ces processus risquent de consolider un peu plus l’osmose dangereuse entre certains éléments des forces de sécurité et les réseaux criminels ».

Pour l’instant, le processus n’a pas trouvé de solutions adaptées à ce problème. Du fait de sa place ambiguë entre la RSS et la programmation de l’État de droit, la réforme n’est pas considérée comme une priorité, en témoigne la faiblesse des promesses financières faites par les donateurs dans ce secteur. En outre, bien qu’elle soit prévue par l’accord de paix, la RSS n’a pas encore véritablement démarré. Elle reste donc un défi important pour le président de la République.

  1. Lutter efficacement contre la corruption

Le Mali est l’un des pays les plus pauvres au monde, mais il souffre moins du manque de richesses que de mauvaise gestion teintée d’affairisme et de corruption. La corruption n’est pas un fait isolé au Mali : elle tend à se généraliser. Le phénomène est, dit-on aujourd’hui, systémique. Détournement de fonds et comportements frauduleux se retrouvent dans tous les secteurs publics, parapublics et privés, et dans toutes les catégories socio-professionnelles.

La mauvaise gouvernance et l’absence de garanties de redevabilité des élites nationales et locales ont été mises en avant lors des dernières insurrections dans le Nord et du coup d’État de 2012. Ces griefs sont partagés par une large majorité des populations, du Nord comme du Sud. Les élites sont perçues comme poursuivant des intérêts personnels et les rendez-vous électoraux sont l’unique occasion pour la population d’avoir leur attention.

Depuis des années, en dépit des mesures prises et envisagées, à l’exemple de l’année 2014 décrétée « année de la lutte contre la corruption », rien n’indique que les frustrations liées aux pratiques incriminées aient été prises en compte et soient actuellement traitées de manière appropriée.

Les structures de contrôle comme le Bureau du vérificateur général et certains partenaires reconnaissent que les audits indépendants et les mécanismes participatifs tels que les examens publics et les comités de contrôle communautaires favorisent une meilleure gestion des budgets publics et de l’aide au développement.

Beaucoup d’observateurs nationaux et internationaux reconnaissent que l’impunité généralisée et l’accès limité à la justice figurent parmi les causes profondes de l’enracinement de la corruption. Ils constituent également un obstacle majeur au rétablissement de l’État de droit. Malgré l’existence de deux organismes de supervision et de la publication de rapports de qualité, les individus se livrant à des pratiques malhonnêtes sont rarement poursuivis en justice en raison du manque de ressources et de volonté politique.

La corruption endémique est très largement tenue responsable de la perte de légitimité de l’État, contribuant ainsi aux crises cycliques que connaît le pays depuis des décennies.

Avec l’échec des politiques d’amélioration de la gouvernance et des conditions de vie de la population, la pauvreté reste l’une des principales causes de la persistance de l’instabilité, puisqu’elle alimente le sentiment d’exclusion et de marginalisation qui contribue à la polarisation du conflit.

Ainsi, les besoins et les attentes exprimés pour promouvoir le développement harmonieux du pays sont difficilement satisfaits. Des économies parallèles, notamment issues de la corruption et du crime organisé, sont réinvesties dans des secteurs formels comme l’immobilier, créant des bulles spéculatives et des effets de distorsion très importants sur l’économie licite.

Le nouveau président doit urgemment répondre à la nécessité d’améliorer la gouvernance à travers des solutions originales et créatives. Celles-ci doivent nécessairement inclure la lutte contre l’impunité et ensuite une meilleure redistribution des ressources. Les Maliens doivent percevoir l’efficacité de la lutte contre la corruption.

  1. Engager les réformes politiques et institutionnelles

La crise politico-sécuritaire de 2012 a eu des conséquences diverses sur les différentes régions du pays, au Nord comme au Sud, en fonction de leurs spécificités économiques, politiques, sociologiques, culturelles et historiques. Selon de nombreux observateurs, à l’exemple de Ousmane Sy, la crise s’est manifestée sur le plan sécuritaire, institutionnel ou humanitaire, mais elle trouve en partie ses racines dans la fragilité du système politique et administratif.

La nécessité d’engager des réformes a été signalée en 1998 par le président de la République de l’époque.

Le référendum n’a certes pas eu lieu, mais le président, convaincu de la nécessité de réviser la Constitution du 25 février 1992, avait suggéré à son successeur d’y procéder au moment opportun. Au fil du temps, les questions qui motivaient l’initiative de révision constitutionnelle, en 2000 et en 2011, sont devenues de véritables préoccupations pour l’ensemble des Maliens et des Maliennes.

En 2011, le président Amadou Toumani Touré déclarait que les réformes adoptées par l’Assemblée nationale sont utiles et essentielles à la jeune démocratie mais, comme toute œuvre humaine, ont besoin de perfectionnement. La nécessité de cette correction ne fait pas l’ombre d’un doute.

La Conférence d’entente nationale de 2017 avait posé des actes dont certains ont bien fonctionné et d’autres ont connu des difficultés dans leur mise en œuvre en raison du contexte sociopolitique.

Une réponse adéquate à la mauvaise gouvernance qui caractérise le fonctionnement des institutions est une condition essentielle de l’adhésion des populations au processus démocratique. En matière de justice et de garantie des droits et libertés, des mesures subséquentes à la révision constitutionnelles sont envisagées pour renforcer davantage le pouvoir judiciaire.

Les réformes de l’État malien doivent, en définitive, relever d’une approche originale et inclusive. L’établissement d’un pacte social garantirait la mise en œuvre de l’indispensable refondation de l’État. Cette mission doit être lancée au début du mandat présidentiel à travers un processus aussi participatif que possible.

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